Sur le plaisir de créer et d’avoir son propre site Web

En 2022, ça fera 25 ans que j’affiche ma présence sur Internet, en 1997 pour être plus précis. C’était au début du Web, époque candide et un peu naïve où des gens se réunissaient pour s’organiser des soirées à surfer sur le Web qui commençait à étendre ses tentacules. J’étais alors travailleur autonome et comme plusieurs autres œuvrant dans le monde des communications graphiques, je ressentis le besoin d’afficher un portfolio de mes travaux en me créant un site Web. Je me souviens de logiciels tels que Claris Homepage ou plus tard, Adobe Pagemill avec lesquels on apprenait les rudiments de la programmation HTML. Toutes les infos pour se construire un petit site Web de base étaient présentes sur le Web de l’époque. On s’amusait à expérimenter avec les format GIF et JPEG, c’était facile et nombreux étaient les gens du grand public qui créaient alors leur petite page Web sur laquelle ils partageaient leurs passions, cuisine, photographie, ornithologie, voyages… Mais ce fut de courte durée, les versions de logiciels gratuits disparurent pour laisser place aux gros joueurs tels que Macromedia Dreamweaver, racheté par Adobe au début des années 2000, avec de nouvelles versions d’HTML plus complexes et l’apparition de la mode des sites interactifs en format Flash qui occupa le Web pour une bonne partie du début des années 2000.

L’arrivée des premiers blogues attira mon attention vers 2002, je commençai alors à m’y intéresser avec le logiciel iBlog pour Mac qui était quelque peu fastidieux à utiliser. Il me fallut attendre les premières versions de WordPress, qui ont alors permis le véritable envol des blogues personnels et commerciaux. Mon côté « geek » à l’affût des nouvelles tendances et technologies fit en sorte que je préférai un site WordPress auto-hébergé plutôt que d’utiliser la formule de wordpress.com sur laquelle il faut débourser un montant pour ne pas afficher de publicités. J’effectuai la transition complète de mon site Web HTML vers WordPress en 2010 et continue toujours à l’utiliser comme portfolio. L’ajout d’une boutique propulsée par WooCommerce en 2019 vint compléter le site sur lequel vous pouvez lire ce billet.

Le point où je veux en venir concerne les réseaux sociaux, qui ont pris une place prépondérante dans nos vies d’utilisateurs du Web pour occulter presque tout le reste. Il faut bien le constater, tout le monde ou presque est maintenant présent sur les réseaux sociaux, lesquels réseaux gérés en grande partie par les géants Facebook-Meta et Twitter. On ne s’en sort pas, ils sont maintenant omniprésents, omniscients et omnipotents. Il est presque devenu impossible pour les artistes de ne pas s’afficher sur un de ces réseaux. On est tous devenus un peu dépendants et prisonniers de cette énorme machine virtuelle qui carbure aux « likes » et au nombre d’abonnés et où il est devenu difficile de de ne pas s’afficher sans passer pour une sorte de dissident.

Je trouve un peu triste de constater que plusieurs blogs que je trouvais intéressants, blogs bouffe, littéraires ou autres sujets semblent maintenant en perte de vitesse pour ne pas dire carrément abandonnés par leurs créateurs. Il est vrai qu’il est beaucoup plus simple et gratifiant d’afficher un post sur Twitter ou Facebook, pour recueillir des commentaires instantanés ainsi que leur sacro-saints cortège de « likes » mais à long terme, ça peut engendrer une forme de dépendance dont je tente de m’éloigner. Avec le temps, je me suis aperçu que j’en était venu à créer de nouvelles images dans le but de les faire valider par mes pairs et de parfaits inconnus sur Instagram et compagnie, sans pousser davantage ma recherche et développement de styles.

Pendant toute ma carrière d’illustrateur et retoucheur pigiste, j’étais OBLIGÉ de plaire à mes clients par la qualité et le style de mes travaux, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Je cherche maintenant à retrouver le plaisir de dessiner et d’explorer sans avoir à PLAIRE à tout prix. À faire ce que j’aime faire sans chercher l’approbation de qui que ce soit. J’ai donc décidé de prendre une pause de Facebook et de moins m’afficher sur Instagram, histoire de me retrouver un peu.

En résumé, si tu aimes ce que je crée, ça me fera évidemment plaisir, mais si tu n’aimes pas, je ne veux SURTOUT pas que ça m’empêche de continuer à créer, point à la ligne.

« Not worrying about what people think of you allows you to be more creative. »
Daniel W. Fletcher